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vendredi 24 mars 2017

Le Passa Porta Festival est en vue

- Tu viens à Livre Paris? (nouvelle appellation du Salon du livre de Paris)?
- Ben non, moi, j'ai Passa Porta Festival! (sans compter que j'épargne le prix prohibitif des entrées à la porte de Versailles).

Et quel festival! En trois langues principalement et partout dans Bruxelles (lire ici).
Cent auteurs et cent rencontres en deux jours, les samedi 25 et dimanche 26 mars, et une soirée d'ouverture, le vendredi 24 mars...
Surtout que la météo semble vouloir être une alliée de dernière minute.


Vendredi
Changement de programme à propos de la soirée du vendredi: Paul Auster a remis un certificat médical et ne viendra pas à Bruxelles. Septuagénaire - on ne dirait vraiment pas -, il souffre d'un problème aux cordes vocales et doit, sur avis de ses médecins, respecter une période de repos. Mais une nouvelle date pour sa venue à Flagey autour de son œuvre et de son nouveau livre "4321" est à l'étude.

Négar Djavadi. (c) Matsas-Opale-Levi.
Ece Temelkuran.
Pas de panique pour autant.
La soirée d'ouverture change de braquet et se concentrera plutôt sur la relation entre littérature et politique. Comment lire le monde? Un thème qui sera débattu avec trois auteurs du Festival, la Turque Ece Temelkuran, la Franco-Iranienne Négar Djavadi et le Colombien Juan Gabriel Vásquez. Ils ont tous les trois signé des livres retentissants. "A quoi bon la révolution si je ne peux danser" (JC Lattès, 2016) un road-story pour la première, "Désorientale" (Liana Levi, 2016, Prix Première 2017, lire ici) son premier roman pour la deuxième, "Les dénonciateurs" (Seuil, 2015) pour l'auteur de "Le bruit des choses qui tombent" (Seuil, 2012). Ils répondront aux questions d'Annelies Beck et Nathalie Skowronek.
en anglais et en français, Flagey, vendredi 24 mars, 20h15.

Juan Gabriel Vásquez


Ensuite place au Parcours littéraire.
Voici le mien, essentiellement en français, mais l'ensemble des activités possibles est à consulter ici.

Samedi

En mise en jambes, une session de The Quiet Volume.
Suivre à deux participants, amis ou inconnus, les instructions écrites ou murmurées pour venir au bout d'une montagne de livres de manière absolument surprenante. .
Bibliothèque Muntpunt, 1 heure, réservation conseillée via festival@passaporta.be, de 10 heures à 17h40.

Caroline Lamarche. (c) E. Michiels.
📅 Caroline Lamarche,
guide d'exposition
La romancière  propose une visite guidée personnelle de l'exposition "BXL UNIVERSEL", qui présente un portrait subjectif de la capitale bruxelloise et européenne par des artistes contemporains.
Centrale for contemporary art, 14.30-15.30.

📅 La Rimbaudmobile
Sur le toit d'une vieille Citroën, ma voiture préférée, Peter Holvoet-Hanssen a aménagé une installation sonore. Il y présente sa "Cartographie du monde de la poésie", un jeu de piste à travers l'histoire de la poésie. Accompagné du poète Antoine Boute, il déverse un flot de poèmes sur le centre-ville de Bruxelles. Le duo s’arrête un moment au Vieux Marché aux Grains.
devant De Martkten, 15.00-15.30 (ailleurs à d'autres moments).

📅📅📅 Première rencontre, panoplie littéraire et voyage cosmique
J'irai à l'un, mes hologrammes aux autres. Ou, plus classiquement, mes clones.

Marcus Malte. (c) R. Gaillarde.
Jean-Baptiste Del Amo.
📅 Jean-Baptiste Del Amo a écrit "Règne animal" (Gallimard), Marcus Malte "Le garçon" (Zulma). Deux romans unis par la même force vitale, quasi animale. Ils se rencontrent pour la première fois pour un entretien croisé animé par Ysaline Parisis.
La Bellone, 15.30-16.30.

Maylis de Kerangal. (c) Hélie-Gallim.
📅 S'inspirant de la rubrique qu'il a imaginée dans la revue de littérature contemporaine "Décapage", Jean-Baptiste Gendarme demande à Maylis de Kerangal de présenter sa panoplie littéraire au moyen de textes, de photos et de documents.
Beursschouwburg, 15.30-16.30.


Erika Fatland. (c) Reineord.
📅 Si on envoyait une sonde dans les régions les plus éloignées du cosmos avec le meilleur de l'humanité peut à bord, quels seraient les livres, les films, les albums qui mériteraient de faire partie du voyage selon Erika Fatland? Questions posées par Lies Steppe.
Muntpunt, en anglais, 15.30-15.45.





📅 Repos graphique
Les téméraires dessinatrices Flore Balthazar et Judith Vanistendael vont dévoiler les vérités ultimes. Il suffit d'aller à leur rencontre et de leur poser la question qui vous préoccupe le plus. Quelques minutes plus tard, la réponse tant attendue est à portée de main, sur papier.
Beursschouwburg, 16.30-17.30.


Ivan Jablonka.
📅 Littérature et journalisme d'investigation
Dans "Laëtitia, ou la fin des hommes" (Seuil), prix Médicis 2016, Ivan Jablonka dissèque un fait divers survenu en 2011, en même temps qu'il offre une sépulture littéraire d'une femme broyée par les hommes. La littérature peut-elle s'aventurer sur le terrain du journalisme d'investigation? L'écrivain s'entretiendra avec Myriam Leroy.
Beursschouwburg, 17.00-18.00.

📅📅📅 Appel de Dimitri Verhulst, Voyage en Soviétistan et Prix des Cinq continents
Avec appel à mes clones de nouveau.

📅 Les écrivains Fikry El Azzouzi, Thomas Gunzig, Nathalie Skowronek, Christophe Vekeman et Isabelle Wéry sont invités à écrire un nouveau texte, en réponse à l'appel de Dimitri Verhulst: "Répondre à la terreur par la beauté et la littérature". La dessinatrice Judith Vanistendael donnera vie à ces textes en live. La présentation sera faite par Béatrice Delvaux.
Beursschouwburg, 18.30-19.30.

📅 Retrouver l'écrivaine et anthropologue norvégienne Erika Fatland qui avait brillamment ouvert l'édition 2017 du Passa Porta Festival et son livre "Sovietistan" (Gaïa). Elle y emmène le lecteur en voyage à travers le Turkménistan, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l'Ouzbékistan. Fine observatrice, collectionneuse d'histoires absurdes, elle dévoile un visage jusqu'ici inconnu de cet univers particulier.
De Markten, en anglais, 18.30-19.30

Fawzia Zouari.
📅 Qui est Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne dont le roman "Le corps de ma mère"(Editions Joëlle Losfeld) a remporté l'édition 2016 du Prix des cinq continents de la Francophonie? Entretien avec Vanessa Herzet.
Tuliti, 18.30-19.30.



② Soirée sous le signe du chiffre 2
Duality: dans tout le Beursschouwburg, écrivains, poètes, slammeurs et illustrateurs forment des duos avec d'autres artistes. Négar Djavadi & Eve Bonfanti, Bertrand Belin & Max de Radiguès, Gioia Kayaga &  Milady Renoir,  Jean-Baptiste Del Amo &  Olivier Cornil,  Aura Xilonen & Halfdan Pisket, Dimitri Verhulst &  Peter Vandenberghe...
💃💃💃Et à 22h30, ce sera piste de danse, version littéraire. 
Beursschouwburg, 20.00-00.00.


Dimanche (heure d'été)

Livres de seconde main
Stands de bouquinistes et troc de livres.
Derrière la Bourse, 10.30-18.00.

📅📅📅📅 Read Write Repeat, Littérature jazzy, Retour au pays natal et Lecture intergénérationnelle
Les clones sont priés de se présenter à midi.

José Eduardo Agualusa.
📅 Importante voix littéraire du monde lusophone, José Eduardo Agualusa ("Le Marchand de passés", Métailié) sélectionne un extrait littéraire qui lui donne une envie irrésistible de saisir sa plume. Sven Speybrouck (Radio 1) part à la recherche de ce qui le surprend et l’inspire.
Muntpunt, en anglais, 12.00-12.15.
De 13.30 à 13.45, même programme avec Rosa Montero (Métailié).
De 15.00 à 15.15, même programme avec Juan Gabriel Vásquez (Seuil).

📅 Des extraits du roman "Les harmoniques" (Gallimard, Série noire) de Marcus Malte sont mis en bouche par l'auteur et accompagnés par les musiciens Gérard Maurin et Virginie Teychené. 
Théâtre des Martyrs, 12.00-13.00.

📅 Après des années d'exil forcé, Juan Gabriel Vásquez retrouve son pays natal, la Colombie. Entretien à propos de ce retour et de son nouveau livre, "La forma de las ruinas", avec Catherine Vuylsteke.
Beursschouwburg, en anglais, 12.00-13.00.

Toon Tellegen.
📅 L'épatant écrivain néerlandais Toon Tellegen lit ses histoires d'animaux pleines de rebondissements, accompagné par ses alliés musicaux du Wisselend Toonkwintet. Un programme pour toutes les générations.
La Monnaie, en néerlandais, 12.00-13.00.







📅📅📅📅 Opération à crâne ouvert, Correspondance, Nouvelles voix belges et Lecture musicale
Les clones sont attendus après un rapide déjeuner.

Patrick Declerck. (c) Hélie-Gallimard.
📅 Patrick Declerck raconte dans "Crâne" (Gallimard) l'opération chirurgicale du cerveau qu'il a subie par son auteur. Lucidité et humour abrasif à prévoir pour cet entretien animé par Laurent Moosen.
Théâtre des Martyrs, 13.30-14.30.

📅 L'écrivaine et journaliste politique turque Ece Temelkuran s'est liée d'amitié avec sa consœur belge Annelies Beck lors d'une résidence à Passa Porta. Elles liront des extraits de la correspondance qu'elles entretiennent depuis les attentats de Paris.
Théâtre du Vaudeville, en anglais, 13.30-14.30.


Aiko Solovkine.
Jean-Marc Ceci.
📅 "Rodéo" d'Aiko Solovkine (Filipson, 2014) et "Monsieur Origami" de Jean-Marc Ceci (Gallimard, 2016) ont révélé deux nouvelles voix littéraires en Belgique. Comment ces auteurs sont-ils arrivés en littérature? Réponses croisées aux questions de Lorent Corbeel.
Tropismes Librairie, 13.30-14.30.

📅 On connaissait Bertrand Belin chanteur, le voici écrivain. Après "Requin" (P.O.L.), il signe "Littoral" (même éditeur), dans lequel on retrouve son épatant rapport à l'oralité et la musicalité. Logiquement, il a fait de ce texte un concert littéraire, qu'il présente avec le musicien Thibaut Frisoni.
Librairie Quartiers Latins, 13.30-14.30.

Céline Minard. (c) Lea Crespi.
📅 Solitude
Ecrivaine singulière, Céline Minard surprend sans cesse. "Le grand jeu" (Rivages), dans lequel la narratrice affronte sa solitude, en est la dernière illustration. Rencontre avec cette auteur inclassable, passionnée de montagne et de philosophie, animée par Laurent de Sutter.
Beursschouwburg, 15.00-16.00.



📅📅📅📅 Iran, France, Belgique, Une vie intense, Sofi Oksanen, Lionel Shriver
Pas de goûter pour les clones.

📅 Négar Djavadi, auteure du premier roman "Désorientale" (Liana Levi), a fait une entrée remarquée en littérature. Elle qui adore Bruxelles et y a vécu durant ses études à l'INSAS parlera de son itinéraire atypique, entre l'Iran et la France. 
Théâtre du Vaudeville, 16.30-17.30.

📅 Tristan Garcia et Véronique Bergen débattent de la peur du banal qui gouverne nos vies, de la quête d'intensité sans répit. Cette soif du "fort", de l'intense, assez récente, ne signale-t-elle pas aussi une difficulté à accepter la vie comme elle est? Modération : Laurent de Sutter. 
Beursschouwburg, 16.30-17.30.

Sofi Oksanen (c) Harkonen.
📅 Dans ses romans, la star de la littérature finno-estonienne Sofi Oksanen rend intelligibles des événements historiques. Elle évoque son œuvre et dialogue avec Saskia De Coster sur des thèmes actuels qui sont chers aux deux auteurs tels que la crise des réfugiés et le féminisme contemporain.
Bozar, en anglais, 16.30-17.30.

📅 Le dollar s'effondre, le président plaide l'isolationnisme, un mur est construit… par le Mexique. Dans son roman futuriste "Les Mandibules" (en français en mai 2017 chez Belfond), écrit avant l'élection de Donald Trump, Lionel Shriver dresse un portrait à la fois sombre et comique de l'Amérique. Entretien avec Ruth Joos.
La Monnaie, en anglais, 16.30-17.30.

Annie Ernaux. (c) Catherine Hélie-Gallimard.

📅 Finale magistrale
Figure majeure de la littérature française contemporaine, Annie Ernaux ("Mémoire de fille", Gallimard) a bâti une œuvre essentiellement autobiographique, dans laquelle elle part à la recherche d'elle-même comme d'une étrangère dont elle a la mémoire. Dans une démarche qui n'est pas sans lien avec la sociologie, et avec une écriture dont elle revendique la neutralité, elle évoque ainsi ses parents et leur trajectoire sociale, sa sexualité ou son avortement.
La rencontre animée par Ysaline Parisis sera précédée d'une lecture de "Mémoire de fille" par la comédienne Virginie Efira.
Bozar,  18.00-19.30.


Sans oublier
Le parcours enfant
Les joutes de traduction
Les balades littéraires
Le compte-rendu artistique en images par Halfdan Pisket, Mélanie Ruttern et Wide Vercnocke.



jeudi 23 mars 2017

Le livre sonore et coloré d'Hervé Tullet

"Un livre qui fait des sons?" Oui, c'est  facile à trouver depuis la sortie en librairie de "Oh!" d'Hervé Tullet (Bayard Editions, 64 pages). Ludique, joyeux, coloré, bien observé et plein d'entrain. Un livre qui fait des sons sans qu'il soit besoin d'une pile ou d'une autre source d'énergie. L'énergie, c'est le lecteur qui va la fournir. Le plus simplement du monde, avec ses cordes vocales.

Les instructions pour faire des sons. (c) Bayard.

Interpellé dès la première page de l'album par un aimable "Bonjour, tu veux jouer?", il est tout de suite invité à se montrer actif: "Alors, pose ton doigt sur ce rond et fais oh!". Le système se comprend vite. Petit rond bleu appelle un petit "oh!", grand rond bleu sur la page appelle un grand "oh!".

Un mode d'emploi aisé à comprendre. (c) Bayard.

Mais l'album conçu en doubles pages ne s'arrête pas là. Les ronds bleus où se distinguent les traits de pinceau invitent à compter, à inspirer, à expirer, à sauter d'un plongeoir, à observer des poissons, à éprouver ses sens et ses émotions. Grands moments de rigolade sonore à prévoir.

Le Oh! bleu va ensuite rencontrer un copain, un rond rouge, Ah!, avec qui il va parler, jouer au robot, rigoler, chanter, se promener, et même se disputer avant de se réconcilier. Toujours grâce à la complicité de la voix du jeune lecteur.

Oh! et Ah! rigolent ensemble. (c) Bayard.

Oh! et Ah! feront ensuite la connaissance de Whaou!, tout jaune et tout rond aussi, avec qui ils partent en balade. Sur les pages, c'est un festival de couleurs, un régal de sons qui a tout son sens quand le trio joue au trampoline, aux voitures ou aux oiseaux. Pourrait-on inventer une langue faite de "Oh!", de "Ah!" et de "Whaou!"? Réponse affirmative chez Hervé Tullet qui termine son album en un feu d'artifice emballant. Et chez les enfants qui auront été invités à l'inventer. Pour dire, lire et rire. Pour tous à partir de 3 ans.

Une vidéo pour inciter à trouver la note de "Oh!, un livre qui fait des sons", ici



Ce nouvel album d'Hervé Tullet qui réside maintenant à New York est complètement dans l'esprit de son précédent, "On joue?" (Bayard Jeunesse, 2016, lire ici).


A noter que "Oh!" a aussi été le titre d'un album pour enfants du Belge Josse Goffin, le premier avec "Ah!" sorti en même temps (Réunion des Musées nationaux, 1991) et qu'il a obtenu le Prix graphique de la Foire de Bologne 1992. Dans ce livre, chaque début d'image peut se poursuivre de deux façons selon que le rabat de la page est déplié ou non. Un album-plaisir pour les petits comme pour les grands, un livre d'art qui ne se prend pas au sérieux.



mercredi 22 mars 2017

L’Ecole belge de Kigali remporte le concours "Ma plume contre le racisme" 2016-2017



Depuis l'an dernier, le MRAX (Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie) organise un concours d'écriture pour les élèves des classes de cinquième secondaire. A charge pour eux de produire un texte à partir de la biographie et d'une citation d'une personnalité qui s'est distinguée dans son combat antiraciste. C'était Angela Davis pour la première édition. C'est Mohamed Ali (lire ici) pour celle qui a pris fin hier avec la divulgation des noms des quatre lauréats.

Les lauréats de l'édition 2016-2017. (c) MRAX.

Le concours "Ma plume contre le racisme" a à nouveau touché 300 élèves qui se sont exprimés à propos du racisme, de la ségrégation et de l'identité. La remise des prix a eu lieu au Théâtre Saint-Michel à Bruxelles et en vidéo-conférence pour le gagnant. Le premier prix a en effet été attribué à Camelia Semigabo, une élève de l'Ecole belge de Kigali au Rwanda. Les élèves de Kigali ne pouvant être présents, ils ont assisté à l'événement par vidéo-conférence.

Le deuxième prix a été attribué à Léonie Stolberg de l'Institut Saint-Luc de Tournai.

Le troisième prix à  Jeanne Simon de l'Institut Saint-André de Ramegnies-Chin.

Un prix "Coup de cœur", soulignant la qualité de la prose de l'auteur, à Ibrahim Moulila de l'Institut des Dames de Marie à Bruxelles.

La suite de l'aventure se déroulera au Rwanda, le concours étant doté d'un prix collectif pour toute la classe, une sortie scolaire dans un lieu symbolique de la lutte contre le racisme et pour l'égalité.


Les textes des lauréats

Camélia Semigabo, de l'Ecole belge de Kigali
(premier prix)

Illumination

Assise sous ce grand arbre, nostalgique
Sous cette étoile rayonnante d'Amérique
Je repense à ces beaux jours me semblant si lointains
Illuminés de tous ces joyeux rires enfantins
Qu'aurait été ma vie dans la peau d'un privilégié
Existerait-elle enfin cette notion de paix
Ou serait-elle qu'illusion éphémère?
Me laissant ainsi un goût amer
J'en veux à cette terre, aux grands de ce monde
Qu'à cause d'eux, jamais je ne saurai
Qu'à cause d'eux, jamais je n'ai été appréciée
Chaque matin, me faisant traiter de créature immonde
Mais au fond, qu'ai-je fait pour le mériter?
Suis-je un individu à part entière
Ou juste un bout de carton qu'on lance à terre?
Je ne suis que la réflexion de cette triste réalité
Serai-je un jour jugée à ma juste valeur
Me détruisant, à petit feu, mon si fragile cœur
Ou dois-je indéfiniment continuer à garder espoir?
Peu à peu me sombrant dans ce trou noir
L'Homme, maître de soi?
Non, je ne pense pas
Je me suis cachée tant de fois
Derrière ce masque trop étroit
Tant de soirées passées à pleurer
Pleurer jusqu'à ne plus rien sentir
Me sentant coupable d'avoir une peau aussi foncée
Ne supportant plus le fait de me faire autant haïr
Désormais, je décide d'assumer mes racines
Croyez-moi, je n'ai pas pu faire pire que Mesrine
Si vous ne me croyez pas, bah tant pis
Mais je souhaite enfin vivre ma vie
Oui, j'assume ma couleur ébène
Oui, j'accepte mes voluptueux cheveux frisés
Vous pouvez encore et toujours essayer
Mais vous n'arriverez désormais plus à me changer
Chenille devenue papillon
C'est bien ce que vous pensez
Attendez je vais vous en dire la raison
Trop souvent, vous m'avez dénigrée
A trop m'être fait rabaisser
Après  tous ces obstacles, j'ai enfin fini par me relever
Pour mieux pouvoir surmonter
Toutes ces atrocités que vous avez voulu cacher
On dit souvent qu'il faut souffrir pour être beau
J'pense qu'aujourd'hui j'peux vous dire que je suis magnifique
J'ai trop longtemps dû porter ce lourd fardeau
Ah vous ne trouverez pas ce retournement de situation fantastique
Toute ma triste vie, je n'ai fait que me battre
Aujourd'hui, dans mes mains se trouvent mes dernières cartes
Je tiens à vous dire qu'après mûre réflexion
Avancer, tourner cette page reste ma décision
Je voudrais rendre fière mes chers en division
Changer cette insupportable situation
Pour finalement leur rendre leur liberté
Sans en oublier leur fierté
J'ai réalisé que vous n'étiez pas supérieurs
Par la même occasion, réalisé que je n'étais pas inférieure
Après tant d'années, je sais enfin où je vais
Et rien ni personne ne pourra m'arrêter.


Léonie Stolberg,  de l'Institut Saint-Luc de Tournai
(deuxième prix)

Le racisme n'est pas une idée, c'est une colère qui cherche un coupable

Pour lutter contre le racisme, Mohamed Ali a su développer une attitude nouvelle, revendicative et fière. Il a affirmé ses origines et a obligé une partie de l'Amérique et du monde à reconnaître l'existence des noirs et de leurs droits. De son côté, Nelson Mandela en Afrique du Sud trouvera lui aussi une voie en comprenant qu'il fallait que les blancs n'aient plus peur des noirs. Aujourd'hui, où en sommes-nous du racisme? La montée des extrêmes prônant les discriminations et l'usage de la violence nous rappellent que le racisme est toujours là et qu'il s'est renforcé, là aussi où l'on pensait que la démocratie avait fait son travail d'éducation et de tolérance. Mais la crise économique et son cortège de frustrations ont fait ressortir les peurs, les réflexes de repli et les besoins de boucs émissaires. La première erreur serait donc de croire que le racisme avait disparu. Le racisme est là; il a toujours été là. Il attend juste que de nouvelles conditions d'émergence et d'expression lui permettent de s'exposer au grand jour. Les racistes revendiquent leurs haines et en sont fiers, comme si un nouveau climat leur était de nouveau favorable. Aujourd'hui, ils se montrent sans complexe et veulent faire valoir leur haine de l'autre comme une idée au même titre que les autres. Mais le racisme est-ce une idée au même titre que les autres? Le racisme est-ce une idée d'ailleurs?

Non, le racisme n'est pas une idée mais un préjugé, c'est-à-dire une façon de voir qui ne repose pas sur l'esprit critique, mais sur l'ignorance et qui parfois s'y complaît, et, pire, qui fait de la peur un fonds de commerce. La peur est émotionnelle et humaine, mais son business et l'économie qui en est le corollaire, sont un calcul qui porte préjudice à l'humanité. En jetant de l'huile sur le feu, c'est toute la maison qui brûle, en n'épargnant personne. Non, le racisme n'est pas une idée même s'il y a eu des idéologues des races qui ont voulu en faire une "grande idée". Une idée, c'est ce qui éclaire le chemin du mieux vivre ensemble; c'est ce qui libère le cœur, soulage de la peur et redonne confiance. Une idée, c'est un projet; celui de construire une maison accueillante et souriante, où l'on peut partager ses peines et ses joies. Une idée, c'est un projet; celui de construire une maison accueillante et souriante, où l'on peut partager ses peines et ses joies. Une idée, c'est une utopie bienfaisante, qui nous pousse vers des horizons plus humains en nous rendant plus libres, plus conscients, plus responsables et plus heureux. C'est tout sauf le parti pris du confort, car rien n'est jamais acquis et les valeurs sont fragiles. C'est pour cette raison qu'il faut les défendre, qu'il faut faire quelque chose plutôt que rien, car la vie est fragile. Mais que faut-il faire pour lutter contre le racisme? Y-a-t-il de nouvelles voies?

Les solutions sont à de multiples niveaux: politiques, économiques, culturels, intellectuels, éducatifs etc. Au niveau individuel, chacun doit faire à son échelle et avec son talent, car face à quelqu'un de raciste, qui s'est construit, probablement depuis son enfance et au milieu de ses proches, peut-être autour d'un événement traumatique, un monde autour de sa haine, les mots et les raisonnements ne fonctionnent pas, car il s'agit d'émotion. Un raciste, c'est quelqu'un qui est en colère, qui porte une haine en lui dont il ne retrouve peut-être pas l'origine, et qui accepte qu'on lui indique un coupable, car ça le soulage. Il cherche donc à être soulagé. Comment peut-il prendre conscience de la situation? Mais, veut-il prendre conscience de son état? Comment renoncer à ce que l'on a construit, même si c'est de la haine? Comment accompagner une telle personne sans être moralisateur et donneur de leçons, ce qui est très contre-productif? Doit-on considérer la haine comme une maladie et la soigner? Et comment soigner quelqu'un qui ne le désire pas? Il y a ici, beaucoup de questions, mais une certitude demeure, c'est que le racisme naît dans un climat d'appauvrissement intellectuel et économique.

Certes,  "le racisme est une erreur", pour reprendre les termes de Mohamed Ali, mais il existe, et parfois il devient une force sur laquelle s'appuient des personnes malveillantes pour servir leurs propres fins. Les seuls remparts à lui opposer pour le tenir à distance restent l'éducation et le courage. Il faut porter cette conviction et donner les moyens d'ouvrir l'imagination, d'entretenir la curiosité et l'éveil sous tous ses aspects, de montrer que d'autres voies sont possibles où chacun est capable et libre d'inventer ce qui lui convient dans le respect des autres, de soi-même et de la vie sous toutes ses formes.


Jeanne Simon, de l'Institut Saint-André de Ramegnies-Chin
(troisième prix)

Mon plus beau combat

Lorsque je suis monté sur le ring, j'ai tout de suite su que ce serait un combat difficile.

Qu'il serait long et douloureux. Face à moi, un adversaire de taille, le genre d'adversaire qui paraît immortel. Il me regardait d'un air sûr de lui, l'air de dire: "Es-tu bien certain de savoir à qui tu t'attaques? Nombreux sont ceux qui ont tenté de se frotter à moi et ont échoué."

Je m'appelle Cassius, mais appelez-moi Muhammad. J'ai dix-huit ans. Je suis très jeune, sûrement le plus jeune dans la salle, mais peu nombreux sont ceux dont l'ambition équivaut à la mienne. Qu'importe mon âge, qu'importe mon origine, je veux et je vais leur montrer qui je suis.

Je sais que beaucoup ont tenté, année après année de le battre, cet adversaire. Je sais qu'il est coriace et que, malgré son grand âge, il n'a rien perdu de sa résistance et de sa puissance. Il suscite une haine incroyable à lui seul. Il n'épargne personne. Il trouverait même quelque chose qui ne lui plait pas chez le plus parfait des hommes, prétextant sa "race" ou sa couleur de peau. Il n'a aucune pitié et paraît invincible. Mais cela ne fait que renforcer mon envie de le battre, de le sortir de ce ring de la façon la plus violente qui soit. Même si cela ne réduira en rien la douleur provoquée et que provoquent aujourd'hui encore, ses mots et ses coups.

Le gong retentit. Le combat débute. Dans un premier temps, je me contente d'esquiver. Puis, je commence timidement, par quelques coups timides. Je n'ose pas m'affirmer, je préfère l'analyser et me donner le temps de préparer chaque attaque. Car pour moi, toutes ont leur importance, même si elles peuvent parfois paraître anodines, chaque action, chaque coup, chaque éclat est réfléchi. Je tente de rallier la foule à ma cause, de mettre tout le monde de mon côté car mon adversaire ne me fera aucun cadeau. Ma notoriété grandissante me permet d'avoir du soutien et Dieu sait que j'en aurai besoin. J'ai la conviction d'être entendu, c'est une chance et je compte bien m'en servir. Je veux toucher l'Amérique et le reste du monde. Je ne veux pas tomber dans l'oubli sans avoir laissé une trace. Mais cela ne va pas être simple. Il me rend coup pour coup. Il a une puissance incroyable, je ne m'attendais pas à cela. Le combat a commencé depuis quelques minutes et mon opposant ne semble pas relâcher la pression. Il me pousse dans les cordes, j'en perds l’équilibre, il est sournois, ses coups en douce se succèdent. Il multiplie les attaques par derrière, il n'a tout simplement pas de face. Fort de son expérience, il sait où toucher pour faire mal.

J'ai parfois envie de jeter l'éponge. Quand je regagne mon coin, je souffle un peu tout en restant concentré sur mon objectif. Je pense aussi à ma famille, je m'évade du ring quelques secondes. Mais cette pause est de courte durée. Je repars au combat. Aucun de nous ne s'avoue vaincu. Crochets, uppercuts et coups bas, il utilise toutes les armes. La passivité coupable de l'arbitre encourage mon adversaire.

Plusieurs fois il m'envoie au tapis mais je me relève. Le mot abandon ne fait pas partie de mon vocabulaire. Jamais je ne laisserai gagner la lâcheté et l'injustice. Je donnerai tout dans cet affrontement, jusqu'à ma vie s'il le faut. Je veux que mes combats servent à ceux qui en ont besoin. Je ne veux pas dépasser les limites car je veux gagner cet affrontement à la régulière. Je souhaite être un exemple pour ceux qui me regardent et leur montrer que l'intégrité est souveraine. La fin du round est assez équilibrée.

Puis vient la troisième et dernière reprise. Le combat se durcit encore. Je n'ai plus de forces, mon corps me lâche peu à peu, je baisse ma garde, je suis exténué. J'ai l'impression d'avoir vieilli de cinquante ans, lui semble à peine fatigué, il est certes un peu sonné, mais grand nombre de personnes le supportent et nourrissent sa hargne.

Rien ne semble pouvoir l'arrêter. J'ai cru pouvoir le battre. Le sortir du ring une fois pour toutes. J'avais l'envie et l'ambition de m'en débarrasser, d'aider toutes ces personnes qui subissent au quotidien sa méchanceté, sa lâcheté et sa stupidité. Mais en fin de compte, il m'a mis KO, mais je sais que mes coups l'on fait vaciller, que mes paroles et mes actes ont changé le cours des choses. J'espère sincèrement que d'autres suivront mes pas et se soulèveront, se battront comme je l'ai fait. Pour un jour peut-être, le faire disparaître pour de bon.

Car oui, le racisme est un adversaire de taille. Pourtant, j'ai su par ma carrière et mon ambition, exprimer à tous ma tolérance et aussi ma révolte. Cessez de vous taire par peur de ne pas y arriver. Je suis un homme, tout comme vous, avec mes faiblesses et mes failles. Ensemble, continuons à combattre.


Ibrahim Moulila, de l'Institut des Dames de Marie
(prix spécial "coup de cœur" du jury)

"Je suis l'Amérique. Je suis cette partie du Pays que vous ne voulez pas reconnaître. Mais habituez-vous à moi: noir, sûr de moi, présomptueux."

Mohamed Ali est un symbole pour moi. J'écris car je veux faire passer un message de paix. Un message qui pourra faire du bien, un message qui pourrait défendre notre royaume lynché par le mal. Je veux faire revenir cette joie de vivre qui nous unit, ce sourire qu'on s'empêche de garder en soi. Je veux redonner vie au matin. De mes petites mains, de ma grande plume, je peux vaincre l'épée qu'est le racisme. Cette noirceur qui nous empêche de vivre ensemble malgré nos différences car au fond, la seule chose où nous sommes tous vraiment identiques, c'est dans le fait que nous sommes tous uniques.

J'écris car je veux faire de ce dernier jour mon dernier silence. Car quand on garde le silence, on permet à ces crimes de continuer. Je ne veux plus être victime de ce racisme alimenté par des faibles de conscience. J'écris pour me révolter. J'écris car je trouve que "c'est une folie d'haïr toutes les roses parce qu'une épine nous a piqué" (1),  une folie de détester quelqu'un pour ce qu'il est et non pour ses actes. Je ne veux plus voir des victimes de ce racisme, de cette haine. Je sais que personne ne naît en haïssant quelqu'un. Personne ne naît raciste, on le devient. Alors j'ai foi en l'être humain et en ses capacités.

Je suis cette jeunesse qui représente l'espoir, cette jeunesse différente des autres mais unie. Je suis cette jeunesse qui ne prend pas souvent la parole mais qui est capable de comprendre ce que certains grands ne peuvent pas comprendre. Que nous sommes tous pareils.

Je suis cet adolescent qui sera bientôt adulte. Je suis cette petite harcelée à l'école. Je suis cette maman enceinte qui n'attend que son enfant. Je suis cette femme battue. Je suis cet homme qui ne demande qu'à être libre. Je suis ce détenu injustement condamné qui ne demande que sa liberté. Je suis aveugle, je ne vois que du noir autour de moi. Je suis sourd, je ne peux entendre ta voix.

Et pourtant, je sens le malaise qui règne autour de nous. Je suis ce mari veuf qui ne demande qu'après son amour. Je suis cet enfant abandonné. Je suis orphelin du monde. Je suis musulman, juif, athée, chrétien insulté pour ses croyances. Je suis cet enfant soldat qui se bat pour servir des causes qu'il ne comprend même pas. Je suis cet enfant syrien dépossédé de ses droits, cet enfant qui ne rêve plus, qui n'apprend plus, qui ne dort plus, cet enfant qui a pour réveil les bombardements et pour berceuse la mort. Je suis cette famille massacrée, détruite par la barbarie. Je suis Alep, ce peuple oublié. Je suis cet enfant qui travaille pour subvenir aux besoins de sa famille, qui renonce à son enfance pour survivre. Je suis ce musulman brûlé en Birmanie. Je suis la Palestine, un pays qui a longtemps été dépossédé de ses terres, de ses droits et ses libertés. Je suis cet enfant somalien qui crie famine. Je suis Rosa Parks qui a montré à l'humanité entière qu'on pouvait se lever contre les injustices en restant assis. Je suis Martin Luther King, mort pour ses convictions. Je suis Mohamed Ali qui par la simple force de ses poings, qui par son histoire et sa couleur de peau a su marquer nos esprits. Je suis la liberté d'expression. Je suis cet homme de couleur injustement assassiné. Je suis contre la violence et je suis objecteur de conscience. Je suis habitant de la terre et je défendrai mes couleurs, mon pays jusqu'à mon dernier battement de cœur et mon dernier souffle. Je suis un être humain comme toi et je souffre. Je suis contre les injustices et je me lève contre ce racisme car je suis fier d'être citoyen du monde.

(1) A. de Saint-Exupéry.


jeudi 16 mars 2017

L'humour absurde et jouissif d'Elise Gravel

Elise Gravel.

Dans l'imposante délégation des auteurs Montréalais qui ont rendu visite à la Foire du livre de Bruxelles, on dénombrait trois auteurs jeunesse, sur une bonne quarantaine de participants: Dominique Demers, romancière notoire qui signe maintenant des textes d'albums, Elise Gravel, auteure-illustratrice, et Pascal Blanchet qui oscille entre bande dessinée et illustration. J'ai "poté": "Un, deux, trois, ce ne sera pas toi". Au deuxième tour, le sort a désigné Elise Gravel.

Elise Gravel, on la connaît de ce côté de l'Atlantique. Pour sa série humoristico-documentaire "Les petits dégoûtants" aux Editions Le Pommier. "Le rat", "La limace", "Le ver", "Le pou", "L'araignée", "La mouche", "Le crapaud", "La chauve-souris", "Le cafard", soit neuf titres déjà en format de poche  tout à fait accessible! On la connaît aussi pour ses albums jeunesse publiés en traduction française chez Nathan, le dernier en date étant "Je veux un monstre!" (2016). Ainsi que pour ses deux albums actuellement publiés aux Editions de la Pastèque, "Le Grand Antonio" et "Ida, la grincheuse en tutu". Dessinés à l’ordinateur, ses livres mettent en scène des animaux qui font peur, des monstres, des créatures étranges, des choses bizarres. Ils sont toujours traités sur le mode de l'humour absurde et servis par un graphisme dynamique. A voir!
























Enfin, quand je dis qu'on connaît Elise Gravel ici, je veux dire qu'on connaît son travail. La vraie rencontre, en chair et en os, a eu lieu à la Foire du livre de Bruxelles. Une conversation pétillante autour de ses livres et de son travail, entrecoupée d'interrogations à propos des meilleurs "speculoos" et cuberdons à trouver en Belgique et de réflexions sur les écoles montréalaises qui mettent largement la musique à leur programme. Le tout, ponctué de rires, car l'humour est la marque de fabrique de la créatrice. Et l'énergie aussi, quelle Mrs 100.000 volts! Une énergie communicative de surcroît, comme l'enthousiasme et la bonne humeur de la Québécoise née en 1977.

De son accent chantant, la jeune auteure-illustratrice me dit: "J'ai fait quarante titres en treize ans (trente sont disponibles ici, NDLR). Je suis une hyperactive. J'ai étudié le design graphique et un peu l'illustration. J'ai très vite fait le choix de la littérature de jeunesse."

Quarante titres! En français et en anglais. car Elise Gravel publie chez différents éditeurs au Canada, en français et en anglais, et aux Etats-Unis. Parce qu'elle veut gagner sa vie en ne faisant que des livres jeunesse, mais que le marché francophone du Canada est trop petit. C'est aussi via les traductions que certains de ses titres nous parviennent. Pas qu'elle veuille être riche, non juste gagner un revenu annuel décent.

Son premier livre est "Le catalogue des gaspilleurs" (Les 400 coups, 2003), une série de quinze affiches. Elle s'y invente des clients qui n'existent pas et fait des affiches pour eux à propos de produits bizarres qu'elle invente.
"Avec ce livre, j'ai trouvé mon style d'humour", me dit-elle avant de lancer le plus sérieusement du monde: "J'écris pour mon enfant intérieur qui a besoin que ce soit drôle et dégoûtant."

Elise Gravel est quelqu'un de rare. De juste. De drôle. Passant du sérieux au moins sérieux. Comme dans ses albums finalement. Des petits bijoux mêlant infos et poilade. Morceaux choisis.

"Je préfère faire le texte et les illustrations.
J'ai des projets pour les douze ans à venir. Après je serai riche. Plus besoin de travailler. J'aurai un bateau de croisière, je ferai de l’aquarelle sur le pont.
En réalité, j'ai douze idées à la minute. Cela éclate tout le temps. Maintenant, je les note dans des fichiers dans mon ordinateur.
Je travaille très vite. Quand j'ai une idée de livre, je commence et je termine sans m'arrêter.
A y réfléchir, j'aimerais mieux me cloner plutôt que d'avoir 48 heures par jour. J'aurais ainsi deux fois plus de personnel que d'idées. Je laisse l'option des 48 heures par jour aux autres."

En attendant, Elise Gravel bosse. Et pas qu'un peu.
Et on est franchement prêts pour les quarante albums à venir.

Encore deux images de son travail, qui valent mieux qu'un long discours.

"Ada la Grincheuse" (c) La Pastèque.

"Le Grand Antonio". (c) La Pastèque.




mardi 14 mars 2017

Prendre un thé de poésie avec Joséphine Bacon

Joséphine Bacon.

A la Foire du livre de Bruxelles, j'ai eu l'immense plaisir cette année de rencontrer Joséphine Bacon (à prononcer Ba-con, sans déformation anglo-charcutière). Une réalisatrice de films documentaires et une formidable poétesse amérindienne, Innue de Betsiamites. Née en 1947, elle vit à Montréal. D'où sa présence dans l'importante délégation d'auteurs (une bonne quarantaine) venus à Bruxelles pour célébrer le 375e anniversaire de la principale métropole du Québec.

Tout sourire derrière ses immenses yeux bleus dont elle me livrera le secret, Joséphine Bacon faisait cette année son deuxième voyage en Belgique. Le premier date de 1995, la même année que celle où elle est allée dans la toundra comme elle le raconte dans son magnifique recueil de poésie "Un thé dans la toundra/ Nipishapui nete mushuat" (bilingue, Mémoire d’Encrier, 96 pages, 2013).

Que venait faire alors une documentariste amérindienne dans la région de Biourge? Tout simplement tenter de réunir de la documentation pour le film qu'elle voulait réaliser sur Johan Beetz (1874-1949), un aristocrate belge qui s'est installé au Canada en 1897 pour oublier son chagrin après le décès de sa fiancée. Petit de taille - comme l'est sa portraitiste, il est devenu un grand homme pour les Innus grâce à l'amitié profonde qu'il vouait à ce peuple. Passionné de nature, de chasse et de pêche, il apprendra aux autochtones à ne plus troquer leurs peaux contre une bouchée de pain. Il fut aussi un grand naturaliste. "Johan Beetz aimait beaucoup les Indiens et a même marié une Indienne", résume Joséphine Bacon. Il lui a même fait onze enfants! Le documentaire qu'elle lui a consacré est sorti en 1997, "Tshishe Mishtikuashisht - Le petit grand européen (Johan Beetz)".

"Comme je savais que Johan Beetz avait vécu quelques années au château des Tourelles à Biourge, j'y suis allée", se souvient la réalisatrice. "Mais en 1995, le château avait changé de propriétaire et d'affectation. Il était devenu un hôtel-restaurant!" Quand elle a sonné à la porte, elle a été fort bien reçue par Philip De Buck qui y fut établi de 1987 à 2000. Le cuisinier l'a aidée comme il pouvait pour ses recherches, mais surtout, il est allé au Canada préparer un repas de fête en l'honneur d'Henri Beetz, 84 ans, le dernier fils vivant de Johan!

Mais la poésie dans tout cela?

"Si je suis poète, c'est grâce à une Bretonne, Laure Morali", déclare tout de go Joséphine Bacon. Une Bretonne qui est partie étudier au Québec quand elle avait vingt ans et y est restée. En 2008, elle a proposé à la cinéaste d'établir une correspondance avec le poète José Acquelin. Cela a tout déclenché. Elle s'est mise à écrire et n'a plus arrêté. Si la poésie est arrivée tard dans l'itinéraire de la documentariste innue, elle s'y est installée profondément. "La poésie ne meurt pas, je la trouve toujours, à n'importe quel moment de ma vie", a-t-elle déclaré.

Elle est allée à la rencontre des aînés et a écouté ce qu'ils lui disaient. Elle a tout noté sur des bouts de papiers épars. "Ce que les vieux m'ont raconté a donné le livre bilingue "Bâtons à message/ Tshissinuashitakana". J'ai ramassé tout ce que j'avais noté et j’en ai fait un recueil de poésie." 

Son plus récent recueil, aussi splendide qu'enthousiasmant, "Un thé dans la toundra / Nipishapui nete mushuat" est directement inspiré de son propre séjour dans la toundra et des récits des anciens qu'elle porte en elle. A l'automne 1995, Joséphine Bacon s'est rendue dans la toundra, à Shefferville, où se tenait un rassemblement des aînés des différentes communautés innues. Elle a été accueillie par un chasseur de caribous, Ishkuateu-Shushep et sa famme Maïna.

Elle le consigne dans le prologue du recueil, explique ce qui s'est passé durant ce séjour. Suivent alors les poèmes qui en découlent, dont cette chasse au caribou superbe de respect et de délicatesse, toujours en français sur la page de gauche, en innu-aimun sur celle de droite.
"J'écris mes poèmes en innu ou en français. N'importe où, que ce soit dans un parc à Montréal ou dans un taxi. Mais ceux qui concernent les territoires de mes ancêtres me viennent plutôt dans ma langue. Pour faire un recueil, je sors tout ce que j'ai écrit et j'adapte plus que je ne traduit."
Sans titre, souvent assez courts, simples mais d'une éloquence parfaite, les poème disent la toundra, la vie et notre incompétence face à l'infini. Ils se réfèrent au prologue, bien utile pour les percevoir au mieux.
"La toundra est comme ma sœur. Je fais comme si elle était une personne que je connais. Sinon, l'inspiration ne me viendrait pas. J'écris par inspiration.Ce sont des poèmes hors du temps, à  cause du nomadisme.Le temps peut par exemple être celui de la chasse. Tout est lié à la terre, les animaux aussi.
Jadis, on se désignait par les rivières qu'on utilisait pour rejoindre les territoires. Les rivières étaient des autoroutes pour nous. Ainsi, montagnais, c'est ma région.La terre est une personne pour nous. On l'humanise. Aujourd'hui, on parle de manière trop scientifique de la planète, cela la met à distance. Il faudrait en parler autrement, de manière plus proche."
Joséphine Bacon raconte le plus simple et donc l'essentiel avec des mots lumineux et vivants. Elle célèbre la beauté et la vie, l'humanité et son peuple.
"Je ne sais pas chanter
Pourtant, dans ma tête
Un air me rappelle
La verte Toundra

Mon corps s'appuie
Sur une présence
Invisible
La ville où j'erre
Et l'espoir que tu m'accueilles
Puisque je suis
Toi"

Elle ajoute: "J'ai écrit ces poèmes à Montréal et non dans la toundra parce que j'y étais plus réalisatrice que poète. J'ai participé à une série de films mais pas très souvent parce que je n'en faisais qu'à ma tête et que les producteurs n'aimaient pas trop ça."
"Quand tu es dans la toundra, toutes les directions sont devant toi. Comme si la toundra te donnait une autre vie. Elle est un cadeau de la terre. Y vivre est un cadeau des quatre éléments."
Pour feuilleter "Un thé de la toundra", c'est ici.


Si je vous montre ceci, que lisez-vous?


Oui, drôle de langue que l'innu, mot qui signifie humain.

Et avec la traduction en français?



En innu, poésie se définit comme mots de fierté!


Joséphine Bacon me lit un poème. (c) Be culture.

lundi 13 mars 2017

Une soirée "Frou-Frou" avec Caroline Lamarche

Caroline Lamarche. (c) Louis Monnier.

La Foire du livre de Bruxelles se termine ce lundi 13 mars à 18 heures. Tôt assez pour prolonger encore peu l'intérêt pour la littérature sen participant à la soirée Portées-Portraits de ce lundi 13 mars à 20h15. Elle est consacrée à "Frou-Frou", une nouvelle inédite de Caroline Lamarche, qui a bien arpenté les allées de Tours & Taxis ces derniers jours. Elle vient de publier un nouveau roman, "Dans la maison du grand cerf" (Gallimard, début à lire ici). Un livre autour de la mort du père, mais pas seulement. Il traite également de l'amour porté à certains hommes, de la place du père, de la mort dans nos sociétés et la puissance de l'art.
Les soirées Portées-Portraits se déroulent à la Maison Autrique où Albertine asbl fait découvrir plusieurs fois par an, des auteurs contemporains, le temps d'une lecture-spectacle d'une heure environ. Des comédiens donnent à entendre des extraits de livres "coups de cœur", accompagnés par des musiciens.

La soirée de ce jour sera donc consacrée à une nouvelle inédite de Caroline Lamarche, au titre réjouissant et plein de promesses. La romancière y donne la parole à une femme qui recueille un canard blessé dans un refuge. Un canard qui, lui dit-on, ne volera plus jamais. Mais la femme met une grande minutie à soigner l'animal, cet animal qui devient sa plus belle histoire d'amour. Le récit d'une fusion entre un être humain et un oiseau porté jusqu'à son terme, le déchirement où chacun se retrouvera face à sa condition propre et inaliénable. Un texte sensible et fort qui pose la question de la frontière entre l'humanité et l'animalité.

Le texte "Frou-frou" sera lu par Isabelle Wéry, accompagnée musicalement par Johanne Samek. La mise en voix sera assurée par Geneviève Damas.


En pratique, verre offert à l'issue de la lecture, rencontre avec Caroline Lamarche dès 19 heures à la Maison Autrique (chaussée de Haecht, 266, 1030 Bruxelles), 8 euros la place (avec visite de toute la maison), renseignements et réservations: 02/245.51.87 ou albertineasbl@gmail.com.